The Ward 1


John Carpenter, après dix ans d’une absence quasi-totale, revient avec The Ward, un thriller d’épouvante avec Amber Heard, la lesbienne la plus bandante de l’histoire du cinéma. N’ayant même pas profité d’une distribution en salles chez nous, il est sorti en DTV en février dernier, et témoigne d’un Big John fade, et ultra-décevant, malgré un film pas si mauvais dans la forme.

All the young girls love Amber

On est en 1966, et Kristen arrive dans un hôpital psychiatrique du fin fond de l’Oregon, parce qu’elle a mis feu à la ferme familiale. Elle va rencontrer ses roommates Iris, Emily, Zoey et Sarah, ainsi que le docteur Stringer, connu pour ses thérapies aussi peu orthodoxes que Mel Gibson. Très vite, Kristen va voir apparaître le fantôme d’Alice Hudson, qui s’avère avoir été internée dans ce même hôpital, mais qui a été portée disparue. Ces apparitions vont être le point de départ d’une série d’événements mystérieux qui vont mettre en danger la vie d’Alice et de ses copines foldingues…

Dix ans qu’on attendait la sortie d’un nouveau film signé Jean Charpentier. Et pour tout dire, on l’attend toujours, parce que malgré l’habituel « John Carpenter’s – titre du film » (ici The Ward, donc), on a du mal à croire que le réalisateur s’approprie le long-métrage qu’il a réalisé. On ne retrouve RIEN de Carpenter, même pas la traditionnelle Panavision, laissant place à une image digitale, donc nettement plus moderne dans le rendu (n’oublions pas que le film est censé se passer dans les années 60). Admettons que ce soit un choix du réalisateur, et parlons des deux scénaristes, les frangins Michael et Shawn Rasmussen. Dans les quelques films non écrits par Carpenter, les scripts sont signés par des jeunes scénaristes, qui n’ont très souvent que peu d’expérience dans le cinéma, ce qui est le cas ici. Seulement voilà, le talent des frères Rasmussen n’est pas vraiment remarquable, et peut se résumer par une suite d’éléments empruntés ci et là à bien d’autres films. Parce que The Ward n’invente rien, loin de là, et donne même l’impression de montrer une suite de séquences déjà vues dans d’autres films, y compris ceux de Carpenter (L’antre de la folie, en particulier). L’intérêt premier du film, au final, est de montrer Amber Heard et d’autres meufs bien roulées (sauf Mamie Gummer, qui ressemble à sa mère Meryl Streep, mais en plus moche) se crêper la permanente en s’insultant de biatch.

Niveau scénaristique, pour que ce soit plus clair, The Ward c’est un mélange entre Identity, L’antre de la folie, Paranormal Activity et Shutter Island. Rien de plus, rien de moins que ça. Alors il faut avouer que oui, c’est très maigre, et en plus ça fait même pas peur. On sent que Carpenter se contente juste de filmer, lui qui, il y a encore 10 ans avec Ghosts of Mars, filmait, écrivait, composait, et parfois même, montait et produisait. La réalisation est très propre et maîtrisée, et le film se démarque du point de vue technique par une excellente utilisation des plans larges, dans un film qui aurait tendance à être réalisé de la manière inverse, mais là encore, c’est habituel chez Carpenter. Malgré ça, les jump scares tombent dans la banalité la plus affligeante, surtout venant de la part du réalisateur qui sait le mieux les contourner (cf. Halloween)!

On est en droit de se poser donc la question suivante: qu’est-ce qui a motivé Carpenter à filmer (j’insiste là-dessus) une histoire pareille?

A. Il n’est pas allé au cinéma depuis 2003, et pensait tenir un scénario révolutionnaire.

B. « Mouais, si on met des nanas plutôt bonnes, on trouvera notre public ».

C. « I need mo-mo-mo-money, that’s what I want ».

D. La réponse D.

On peut se la poser, d’une part parce que The Ward s’éloigne le plus possible de ce qui pourrait ressembler à du Carpenter, mais aussi parce que le film est symptomatique de l’horreur actuelle. Je m’explique: si ce n’est pour le label « Carpenter-made », The Ward ne réussit pas à lever le niveau des récentes productions horrifiques à base de torture porn d’une part, et de phénomènes surnaturels chiants comme tout de l’autre. Car ce sont ces deux seules catégories qui composent les films d’horreur aujourd’hui, à tel point que tous les films d’une même catégorie se suivent et se ressemblent. J’en veux pour preuve cet exemple très pertinent, tiré d’une
conversation entre deux amis de 40 ans qui se déroule le lundi 26 juin 2034:

« - Hé (mettez le prénom de votre choix, moi j’ai choisi Aristophane), tu te souviens quand on était gamins et qu’on était allés voir ce film avec la nana qui était à l’asile? C’était quoi le titre déjà?

- Ah oui, il  était cool. Y’avait pas Ray Liotta et John Cusack dedans?

- Mais non, j’te parle pas de ça. Tu confonds, moi je te parle de celui avec Amber Heard.

- Ah oui je vois, le truc de Scorsese, il était super ce film! C’est marrant que tu me parles d’elle parce que je l’ai vue chez Drucker hier (note: oui, en 2034, Drucker est ENCORE vivant et fait ENCORE de la télé), elle est encore bien foutue pour ses 50 ans. »

Cet exemple qui, vous en conviendrez, est parfaitement… pas crédible du tout (mais rien n’est impossible, juste mathématiquement improbable), montre bien à quel point The Ward est un film qui plonge la tête la première dans les affres de la banalité. Ses rares qualités ont l’incroyable pouvoir de faire d’un film du maître Carpenter « un film du samedi soir à regarder en famille ». Ce qui n’est évidemment pas un compliment, puisque le samedi soir, pendant que les enfants regardent « Les 100 plus grandes vidéos qu’on vous a déjà passées à Noël 2008, 2009 et 2010″ sur TF1, papa et maman font grincer le lit. Putain de samedi soir.

Un petit mot sur Amber Heard pour finir, sans qui le film serait encore moins que ce qu’il n’est déjà. Amber Heard, le rêve, le fantasme de tous les amateurs d’horreur, confirme bien qu’elle mérite sa place dans la lignée des Big John’s Girls, juste après (la sous-estimée) Natasha Henstridge. Certes, rien d’exceptionnel dans le jeu d’actrice, mais elle est la plus convaincante de tout le casting. Et c’est en toute objectivité que je dis ça, t’façon j’m'en fous, j’aime pas les blondes.

Valentin Maniglia

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