Les Banlieusards (The ‘Burbs)


Film le moins (re)connu de Joe Dante, Les Banlieusards (The ‘Burbs) est même inédit en France. Le film a été produit en 1989 en pleine grève des scénaristes alors que cette dernière retarde la mise en route de Gremlins 2: The New Batch. Joe Dante accepte alors, pour patienter, de réaliser avec un budget minimal ce petit scénario dont personne ne veut. Sans pression des studios, Joe Dante signe son premier film hollywodien véritablement subversif: une audace qui lui vaudra très vite de se retrouver sur la liste noire de « ceux à qui il ne faut pas laisser carte blanche ».

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Desperate Housebands

Après le succès de Gremlins, Joe Dante est rapidement devenu le protégé de Steven Spielberg et l’une des nouvelles coqueluches d’Hollywood. S’il réalise sous la houlette de son mentor plusieurs projets qui auront plus ou moins de succès, les studios, eux, n’ont qu’une idée en tête, lui faire signer la suite de Gremlins, quitte à lui laisser carte blanche. La production du film se déroule convenablement, Joe Dante est prêt à tourner, mais voilà, Hollywood est secoué par une très longue grève des scénaristes qui bloque dès lors l’avancée de la plupart des films en production. Gremlins 2 est mis entre parenthèses le temps que les scénaristes gagnent leur bras de fer, et Joe Dante, lui, est forcé à être au chômage technique. Pas décidé à attendre un an avant de pouvoir s’amuser sur les plateaux de tournage, le réalisateur accepte de s’emparer d’un scénario qui tourne depuis longtemps dans les bureaux, et auquel personne ne veut se frotter. Ce scénario, c’est celui de The ‘Burbs, une petite comédie d’horreur à laquelle Joe Dante va ajouter un caractère subversif supplémentaire.

The ‘Burbs ou en français Les Banlieusards (très mauvaise traduction, puisque la notion de banlieue n’a pas la même signification aux Etats-Unis que chez nous) raconte l’histoire d’un banlieusard, dans le sens américain de la chose, donc: Ray Peterson (Tom Hanks) habite une petite banlieue blanche typique, où toutes les maisons se ressemblent, et dans laquelle le facteur passe en vélo et balance le journal sur la pelouse, aussi bien tondue que le crâne de Michel Blanc. Mais voilà, Ray et ses voisins sont aussi un peu paranoïaques, en fait, ils sont surtout américains: ils aiment leur petite tranquillité et sont donc forcément inquiets quand des Polonais viennent s’installer juste à côté de chez eux. Pour eux, rien est moins sûr, la famille Klopek est une famille de psychopathes! Après la disparition d’un des voisins, Walter Seznick, pour eux il n’y a plus de doute: il a été assassiné par les nouveaux voisins! Ils concoctent alors un plan d’infiltration dans la maison des Klopek pour retrouver le cadavre.

Derrière cette petite histoire de voisinage se cache une critique très corrosive de l’American way of life. Joe Dante tire à boulets rouges sur ces petites familles parfaites des banlieues blanches américaines, dans lesquelles tout le monde se connaît mais se ment. Dénonçant aussi par des atours satiriques cette peur de l’autre, de l’étranger, qu’il définit comme propre à l’Américain. Tout en prenant clairement position contre le port d’armes et certaines traditions américaines, le réalisateur dresse un portrait de société qui encore aujourd’hui paraît crédible. L’intelligence de Dante réside par ailleurs dans la manière de traiter d’un sujet en soit satirique, très engagé et politique, sous des ressorts comiques, mais aussi fantastiques et horrifiques. En cela The ‘Burbs c’est un petit peu un Desperate Housewives rencontre Les Contes de la Crypte.

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Vu qu’il doit tourner avec très peu de budget et en très peu de temps, Joe Dante s’entoure d’une foule d’habitués de son cinéma. On retrouve donc Dick Miller, Robert Picardo ou encore Henry Gibson, tous déjà présents dans les précédents films du réalisateur, comme dans les suivants. Il s’entoure aussi d’un petit jeune qui monte, Tom Hanks, qui sort tout juste du succès de Big (1988), et embarque Carrie Fisher, qui elle, sort non seulement de Star Wars, mais aussi d’une crise existentielle et d’un alcoolisme déteignant sur ses prestations d’actrice. Encore une fois, la malice du réalisateur est présente dans le choix même de sa tête d’affiche. Car Tom Hanks est reconnu à cette époque pour jouer des rôles de jeune mec sage, le beauf idéal. Dante s’amuse alors à transformer l’acteur en un père de famille névrosé, complètement dingue, voire même raciste. Par ailleurs, ses potes ne sont pas mieux. Et tous les trois sont à eux seuls des caricatures de toutes les dérives idéologistes de cette communauté américaine complètement reclus sur elle même, gouvernée par la peur de l’autre et leurs hormones de Texans surarmés.

Il est bien dommage que The ‘Burbs soit si peu connu, car il est l’un des films les plus représentatifs de l’esprit du cinéma de Joe Dante. Parsemé de références comme de coutumes dans le cinéma de ce réalisateur – on pense notamment à cette géniale scène hommage au western spaghetti – le film est aussi et surtout une vraie œuvre corrosive sur l’American way of life. Un film qui peut être vu comme l’oeuvre de transition dans la filmographie post-Gremlins de Joe Dante. La satire qui en ressort annonce déjà l’esprit de Gremlins 2: La Nouvelle Génération (1990) et même si on ressentait déjà dans Piranha (1978) un discours très politisé – cela venait peut être d’avantage de l’esprit de la Corman Academy que de celui de Dante – c’est à partir de The ‘Burbs que le réalisateur a réellement assumé son caractère irrévérencieux et politiquement incorrect, une manière de faire qui lui vaudra d’ailleurs d’être très vite blacklisté à Hollywood.

Joris Laquittant

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