Warrior

Printemps du Cinéma, Fête du Cinéma, Rentrée du Cinéma. Autant de semaines spéciales durant lesquelles les tickets sont sensiblement moins chers. De fait, on ne peut que louanger ces initiatives, car elles devraient permettre, normalement, une plus grande fréquentation des salles: d’abord par les gens qui n’en ont pas les moyens, et puis par les cinéphiles souhaitant rattraper leur retard. Mais voilà, depuis toujours, ces semaines spéciales de « fiesta » du cinéma, sont corrélatives à un vide astronomique dans la programmation. C’est dans ce contexte particulier, qu’on se retrouve parfois dans une salle, par défaut, devant un film qu’on ne voulait pas voir, mais pour lequel on se laisse tenter, parce que « ça coûte pas trop cher, et que la critique en a pas dit que du mal ».

Eloge de l’à peu près

C’est donc dans ce contexte tout particulier que je suis allé voir Warrior de Gavin O’Connor, d’abord parce que le multiplexe ne proposait plus la plupart des films immanquables que j’avais raté cet été, et ensuite parce que j’ai, encore une fois, été influencé par les à peu près bonnes critiques dans la presse spécialisée. A peu près. Je vais beaucoup répéter ce mot dans ce papier, car c’est vraiment l’expression qui définit le mieux le film. Ou en tout cas à peu près.Venons en à Gavin O’Connor, un réalisateur à peu près connu, enfin, surtout pour un seul film, Le Prix de la loyauté (2008), film à peu près réussi, ayant eu à peu près du succès, avec en tête d’affiche Colin Farell et Edward Norton. Avec Warrior il signe donc, seulement, son deuxième film. Peut-être le dernier ?

Le film raconte l’histoire assez compliquée d’une famille. Un père, deux frères, un cadet et son ainé. Le père est l’ancien entraîneur du plus jeune, mais entre temps est devenu alcoolique. Maintenant il est à peu près un ex-alcoolique. L’ainé (Joel Edgerton) est un prof de physique, qui est fortement endetté et règle ses conflits financiers en fréquentant les à peu près fight-clubs du coin, tout en faisant croire à sa femme que ce sont les étudiants qui le tape - alors qu’il est baraqué comme une armoire normande – le plus jeune lui, est un petit abruti vachement musclé (Tom Hardy), et il faut noter qu’aucun de ces trois-là ne se parle depuis des années, depuis la mort de la mère de la tribu. Putain que c’est compliqué. Le plus jeune revient voir son père, et reprend les arts martiaux, entrainé à peu près par son père. L’ainé, viré de son job, car pris la main dans le sac sur le ring, décide de reprendre aussi l’entraînement. Tous vont se retrouver dans l’arène du plus grand tournoi de free-fight du pays.

Le réalisateur combine donc trois drames personnels dans une seule et même histoire. Chacun des personnages a ses enjeux dramatiques, son parcours parallèle, ses à peu près. Le père, avec sa voix française de à peu près Sylvester Stallone (le rendant vraiment ridicule et caricatural) incarne bien le repenti sur la fin, espérant de toutes ses larmes revoir ses fils et ses petits enfants. L’ainé, sous ses allures de beau gosse à peu près protecteur, est une brute épaisse capable de tout pour sauver sa famille. Comme Johnny Depp dans The Brave, il incarne la figure attachante d’un père héroïque, capable de tout pour préserver sa famille. Dans ce rôle, Joel Edgerton est vraiment bon, l’interprète charismatique déjà vu dans Animal Kingdom est à mon sens le meilleur acteur du film, et ce, malgré tout le foin que la presse fait autour de la prestation de Tom Hardy, sous prétexte que l’acteur aurait pris quinze kilos de muscles pour son rôle ! Car le rôle de Tom Hardy est d’une insipidité vraiment désolante ! Son caractère de petit connard prétentieux, nous donne envie de le haïr et de lui foutre des baffes, sauf que sa masse musculaire, il est vrai, nous empêcherait de le faire. La pauvreté sur le papier de ce rôle – comme de son interprétation – force donc forcément à rajouter au parcours de ce héros de pacotille, un statut d’à peu près héros de guerre d’Irak, cliché suprême plein d’inconsistance taillé sur mesure pour les héros américains modernes.

Ce qui m’a encore plus dépité, c’est de constater que le scénario de Warrior était à peu près le remake de American Samouraï, un nanar avec Mark Dacascos que j’avais déjà chroniqué ici, et qui raconte sensiblement la même histoire. Un nanar, Warrior pourrait à peu près en être un. Mais il se prend beaucoup trop au sérieux pour cela. Malgré tout, plusieurs répliques n’ont rien à envier aux meilleures punch-lines des films de série-b, et le sujet de fond : les combats de free-fight, est un pilier du cinéma d’arts martiaux de bas étage. Seulement, Metropolitan et Gavin O’Connor ont été plutôt malins. Ils ont aveuglé le spectateur en récupérant ce « scénario type » de nanar, et lui ont ajouté une énorme cuillerée de drame familial pour brouiller les pistes. Les critiques citent à tour de bras Million Dollar Baby (2005), ou bien encore Raging Bull (1980) ou Rocky (1976), plaçant ce Warrior sur la même étagère, des grands films dramatiques traitant d’arts martiaux. Mais je suis désolé, Tom Hardy n’est pas Robert de Niro, les combats ne sont jamais aussi intenses que dans Rocky, les émotions ne sont jamais traduites comme chez Clint Eastwood… Les séquences de drame sont très bavardes, trop bavardes, là où Clint aurait filmé l’émotion des visages, les gouttes de sueur, O’Connor lui, surligne tous les enjeux dramatiques à grand revers de larmes, de cris, de discours interminables dans lesquels chacun accuse l’autre d’être un connard fini. On tartine, et on en remet une couche, « Papa je t’en veux », « Je t’aime mon fils », « Je t’aime mon frère », « Je te déteste autant que je t’aime », « Maman me manque ». Battons-nous sur le ring, les deux frères en finale, ensemble au sol, Papa pleurant dans les tribunes. Bah oui. Vous comprenez. C’est une métaphore, il se rend compte que la seule fois où ses fils se tiennent dans les bras : c’est pour se foutre sur la gueule. Fondu au noir. Générique.

Joris Laquittant

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1 Pingbacks & Trackbacks on Warrior

  1. [...] malgré la carrure imposante qu’il hérite directement du tournage musculeux du très mauvais Warrior – face à Heath Ledger qui, dans son interprétation du Joker, avait su sublimer un rôle [...]