Esther

Quelque chose ne va pas chez Esther. Disait l’affiche du film. C’est sûr. Comment pourrait-elle bien aller, cette orpheline originaire de Russie, qui, peu gâtée par la vie se retrouve entérinée dans un Orphelinat catholique. Elle qui a tout d’une enfant brillante : elle peint d’admirables fresques, s’habille comme une poupée – ou comme les gamines fantômes de Shining, au choix – et s’exprime particulièrement bien pour son âge. Non. C’est sur. Quelque chose ne va pas chez Esther. Elle n’a pas de famille. Elle n’a pas d’amis. Elle est seule.

Terreur et petites couettes

Alors que Kate (Vera Farmiga) et son mari (Peter Sarsgaard) cherchent à adopter un nouvel enfant suite à l’arrivée de leur dernier, mort-né (intense scène d’accouchement) : ils viennent à rencontrer Esther, et le courant passe super bien. Vraiment. C’est qu’elle sait parfaitement séduire la petite, et qu’elle est sacrément maligne. Puissamment malsain, le film de Jaume Collet-Serra (La Maison de Cire) remet au goût du jour le mythe de l’enfant tueur au cinéma, sur la lignée du récent The Children et de la saga des Damien. Traitant de sujets lourds : du deuil d’un enfant mort, du handicap (la plus jeune fille du couple est sourde et muette), des orphelins et de leurs adoptions. Le réalisateur mène confortablement son spectateur sur la barque de l’angoisse, et il sait la mener, sa barque. Incroyablement bien.

Même si Esther n’est pas le film d’horreur terrifiant qu’on aurait voulu enfin voir cette année, il n’en demeure pas moins qu’il parvient à faire naître l’angoisse, et que tout est subtilement orchestré dans ce « thriller » angoissant comme il serait plus raisonnable de le classer. Car si le film est parfois sanguinolent, violent et perturbant, il n’est pas pour autant terrifiant. Le scénario est bien rôdé et ne s’essouffle jamais. Si le rôle titre est sacrément bien écrit – le twist final autour de celui-ci est une belle trouvaille, mais je ne piperai mot là-dessus – il est surtout superbement interprété par cette jeune actrice (Isabelle Fuhrman) qui livre une prestation vraiment impressionnante. Autour d’elle, les seconds rôles lévitent et s’en sortent assez bien (quoi que, en pratique, ils s’en sortent pas terrible au final… mais chut).

Sans être un grand film, Esther fonctionne plutôt pas mal. Il ne viendra pas directement se classer dans la catégorie des films d’horreur cultes, mais il aura en tout cas le mérite d’exister. On y passe un bon moment, on sursaute, on tressaille, et surtout… On ne regarde plus les petites filles de la même façon. Surtout quand elles ont des couettes.

Joris Laquittant