Ouvert 24/7 : « Bienvenue au Texas Français !!! »

Ah !!! La Moselle… Pour la plupart des habitants de notre pays, ce département évoque des choses aussi positives que la pluie, le froid, un accent étrange ou encore un repaire à serial killers. Malgré la volonté de combattre certains clichés, il faut avouer que ce n’est pas totalement faux. Pendant de nombreuses années, ce département a connu un boom économique grâce à l’activité sidérurgiste ; mais aujourd’hui, que reste-il ? Et bien… pas grand chose à vrai dire… Si bien que l’on surnomme notre région le Texas Français ! Et pourtant, certains irréductibles continuent de se battre afin de promouvoir notre belle région et ainsi monter au monde entier de quoi la Moselle est capable ! C’est le cas de l’association Singapour 1939 qui tourne depuis quelques années plusieurs courts métrages. Mais voilà, la tentation est bien trop forte et de fil en aiguille, l’envie de se tourner vers le long métrage devient de plus en plus intense. Ainsi, Ouvert 24/7 a vu le jour, suite à une rencontre entre deux passionnés, Thierry Paya et Colin Vettier. Après un acharnement relevant plus de l’inconscient que de la raison, le film a finalement pu être bouclé et présenté en avant première au cinéma Le Palace à Hayange, le 31 octobre 2009 (un film d’horreur le soir d’Halloween, que c’est original !)

Pour l’occasion, deux séances avaient été prévues : l’une sur invitation et la seconde pour le grand public. Sauf que, pour on ne sait quelle raison, une véritable foule s’est pressée devant les portes du cinéma, devant les yeux ébahis de l’équipe du film. Les portes s’ouvrent, les gens s’assoient rapidement. Une bonne ambiance règne dans la salle. Les acteurs se mêlent au public et au bout de quelques minutes, le générique débute. Tout de suite, je suis intrigué par la qualité du montage. Un rythme dynamique, sur une musique rock and roll et là surprise, Lloyd « Troma » Kaufman au générique ! Je pense d’abord à une vaste blague mais je suis loin de me douter de ce qui m’attend.

Ouvert 24/7 se présente comme un hommage aux films à sketches des années 80 où plusieurs histoires se mêlent dans le même récit dans la veine d’un Creepshow. L’histoire débute dans un restaurant perdu au bord d’une route où l’on sert de la choucroute à la clientèle, principalement constituée de routiers.

La première histoire, intitulée « Question de goût » raconte les tribulations d’un couple de lesbiennes cannibales qui doivent régler leurs problèmes de couple comme le ferait n’importe quel autre. Au premier regard, ce qui surprend le plus, c’est la familiarité des décors, d’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre un spectateur hurler durant la projection : « Putain, c’est en bas de chez moi ! ». Comme l’a si bien souligné Andy Warhol, « on a tous droit à notre quart d’heure de gloire ». L’une des deux protagonistes, Maud Galet-Lalande, joue à merveille son rôle, notamment dans la scène où elle dépèce littéralement le cadavre d’un pauvre homme où l’on peut deviner sa haine envers les hommes. On ne peut qu’admirer le travail de David Scherer, responsable des effets sur Lady Blood (la suite de Baby Blood, l’un des rares films gores français).

Le deuxième segment, « Règlement de contes » nous narre les aventures d’une ogresse qui doit se nourrir d’enfants afin de garder la jeunesse éternelle. Il semblerait que ce soit la partie la plus intelligente du film, du point de vue de son histoire et de sa mise en scène, totalement décalée ! Mention spéciale à la comédie musicale des marionnettes, tout simplement à se tordre de rire ! Plusieurs contes sont parodiés et ce n’en est que plus jouissif ! C’est clair, vous ne repenserez plus jamais à Cendrillon de la même manière !

Enfin, la troisième partie, intitulée « Wenn’se in’d stadt komme » (traduction littérale : « Quand elles arrivent en ville ») raconte le périple de deux filles de la campagne qui s’enfuient loin de leur père incestueux pour aller en ville assister à la représentation de leur idole, la chanteuse Marina Moon. Il faut préciser que les deux jeunes filles s’expriment en platt (le dialecte mosellan), sous-titré en français, qui nous immerge encore plus dans l’atmosphère de la région lorraine. Il semble que la scène la plus mémorable de cette partie concerne la représentation de Marina Moon. Cette séquence est envoûtante dans la mesure où le chant de Marina Moon nous transporte littéralement dans l’atmosphère des cabarets des années 50. Pour l’occasion, le réalisateur a fait appel à Michelle Young, une chanteuse américaine pour doubler la voix de l’actrice. Le film se termine par une apparition de notre cher Lloyd qui tente de chercher un titre à son film et s’auto-parodie en citant certains films de Troma. Nostalgie quand tu nous tiens…

Le générique se conclue sous un tonnerre d’applaudissements. Ouvert 24/7 est donc la grande surprise de cette fin d’année. Personne ne s’attendait à un tel spectacle et au vu de la réaction des spectateurs, il semble qu’ils aient été conquis. Pourtant le film ne s’adresse pas à tous les publics. En effet, certains thèmes comme la zoophilie (le père qui sodomise un poulet), l’homosexualité entre femmes (il est déconseillé de pratiquer un cunnilingus durant le cycle menstruel) ou encore les dérives sexuels de la religion dans cette scène où un prêtre se rend dans un bordel pour copuler avec une innocente jeune fille, peuvent choquer. Mais le réalisateur a su distiller un humour particulier qui fait passer ces scènes pour du second degré. On ne peut que saluer la prouesse et le courage de l’équipe du film. Avec peu de moyens, ils ont réussi le pari de réaliser un film de genre français (ou plutôt mosellan devrais-je dire) qui n’a pas à rougir face à certaines grosses productions américaines. Car ce que démontre ce film, c’est qu’une bonne réalisation commence toujours par une bonne idée et c’est la mise en scène qui va donner toutes son âme au récit.

On espère à présent que ce premier long métrage connaîtra une diffusion dans le circuit de diffusion afin que le reste de la France puisse se délecter de ce spectacle bien particulier. Thierry Paya est donc bien parti pour commencer une longue carrière et on espère que le film de genre mosellan va encore se développer afin de proposer d’autres œuvres de ce style.

Alors, la Moselle, nouveau Texas français ? A vous de juger…

Adrenalyn

[Note : pour en savoir plus sur le film, visitez le site horreur.com, partenaire de Thierry Paya et de l’équipe de Ouvert 24/7]